>> A l’origine, le contrat de professionnalisation a pour but de qualifier plutôt que de diplômer. Après deux ans de pratique, où en est-on ?
L’esprit de ce contrat, dans la logique des partenaires sociaux, est de rendre « employables » les personnes et que ceux qui sont en difficulté d’insertion soient favorisés. Je pense notamment aux niveaux de formation CAP BEP. Mais cette philosophie n’exclut pas qu’un ingénieur au chômage puisse en bénéficier. Aujourd’hui, 70 % de nos contrats de professionnalisation sont des BTS. Nous avons des personnes qui vont vers une qualification, une certification et une « diplomisation » : bac pro, BTS, licence ou même master.
>> N’est-ce pas une dérive de l’esprit dans lequel les partenaires sociaux ont défini le contrat de professionnalisation ?
Les organismes de formation me rapportent que beaucoup de BTS sont trop généralistes. Et nous ne finançons pas ces BTS du type Management des Unités Commerciales ou Assistante PME/PMI mais des formations où la qualification correspond à un cœur de métier. Par exemple des brevets professionnels, BTS, DUST ou Master quand ils sont spécialisés dans l’immobilier et qu’ils correspondent à une véritable qualification professionnelle.
>> Et le tutorat ?
Pour Agefos Pme, toutes les entreprises qui signent un contrat de qualification nomment un tuteur. Son nom doit être inscrit dans le contrat lui-même. Si le tutorat était une obligation pour l’ancien contrat de qualification, il n’est pour le contrat de professionnalisation qu’une possibilité alors même que la réforme souhaitait insister sur la qualité du suivi de la formation.
C’est, de mon point de vue, un peu incohérent. Voilà pourquoi, nous avons mis en place très tôt un accompagnement des tuteurs qui est suivi par la quasi-totalité des entreprises. C’est un programme de 28 heures qui donne des repères et permet aussi aux tuteurs de partager leur expérience. Nous avons de la sorte moins de ruptures de contrat.
Propos recueillis par Bruno Crozat
«Ils sont motivés, mais…»
Danielle Bavasso
Directrice de la Fondation Scientifique de Lyon
« Si la Fondation a d’abord pris un premier contrat de qualification puis un contrat de professionnalisation, c’est qu’elle souhaitait participer à l’effort de formation des jeunes. J’ai découvert que cette génération aborde le travail avec une implication et une détermination bien différente de celle qui m’animait quand j’ai débuté. Elle ne manque pas de motivation, mais ces deux expériences de contrat en alternance m’ont fait côtoyer des jeunes qui mélangent facilement vie professionnelle et vie personnelle. C’est un peu déroutant. Je prends le temps d’expliquer, plusieurs fois, ce que nous attendons d’un salarié, mais j’ai le sentiment de faire pas mal de social. |
La professionnalisation est un axe fort de la réforme de la formation professionnelle et ne se réduit pas au seul «contrat pro» / Bruno Crozat. |
Les réunions de mise en commun, organisées par notre organisme collecteur avec les tuteurs d’autres entreprises, sont précieuses pour mettre en œuvre les exigences de ce contrat et notamment le tutorat qui est demandé. En revanche, l’école n’a pas été présente comme elle l’annonçait et même un peu désinvolte selon moi. Par exemple notre salariée s’est cassée un poignet à l’école – c’est un accident du travail – et nous n’avons pas été prévenu !»
«C’est dur de recruter des salariés
et de les garder»
René Chouraqui
Patron de la Croissanterie,
centre commercial St Genis-2
Nous avons deux métiers dans la croissanterie, la fabrication de la petite restauration (sandwichs, salades) et le service en salle qui suppose d’accueillir le client et de lui proposer nos produits, ce que j’appelle la vente suggestive. Pour nous c’est très exceptionnel de trouver des jeunes formés à nos métiers. Jeunes ou moins jeunes d’ailleurs car si je pouvais prendre une personne de 40 ans en contrat de professionnalisation, je signerai tout de suite. Nous faisons face à un déficit chronique de candidats. Donc, l’enjeu d’un contrat de professionnalisation est double. Il a s’agi d’abord de convaincre Audrey de venir travailler ici et de l’aider à réussir son diplôme. Ensuite, tenter de la garder à l’issue de sa formation. Plus je la forme et plus j’ai de chance qu’elle reste dans l’entreprise. Si je stabilise mon équipe, je fidélise aussi les clients qui apprécient de retrouver les mêmes employés. Le suivi du centre de formation varie selon les établissements. Généralement, la formation n’est pas suffisamment en adéquation avec la vie de l’entreprise. Les professeurs manquent parfois de souplesse pour adapter leur enseignement à l’expérience professionnelle de l’élève.
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