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Le travail mené sur le long terme par
des équipes de chercheurs nous rappelle l’importance d’un regard décalé pour
comprendre les dynamiques de construction des liens sociaux
Comment Renault Trucks assure-t-il le transfert de son savoir-faire technologique en implantant un site de fabrication en Chine ?
Pourquoi la féminisation de certains métiers, démarche engagée dans le cadre de l’accord
sur la mixité des métiers signé à la SNCF, peine-t-elle à se mettre en place ? En quoi
les mobilités professionnelles influent-elles
sur les trajectoires familiales dans différents pays de l’Union européenne ?
Chacune de ces problématiques a fait - ou pourrait prochainement faire pour l’une d’entre elles - l’objet d’une étude sociologique
du Glysi-Safa (Modis depuis le 1er janvier dernier). Les travaux de ce laboratoire de
sociologie*, rattaché à la fois au CNRS et
à l’université Lyon 2, contribuent ainsi à la connaissance des organisations, que celles-ci soient de taille aussi réduite que la cellule familiale ou d’envergure internationale.
Un regard démystificateur
Que l’objet à étudier ait fait l’objet d’une convention (CIFRE) avec une industrie, d’un appel d’offres public ou d’un projet élaboré
par différents laboratoires dans le cadre d’un financement européen, il sera toujours pour
le chercheur l’occasion de porter un regard décalé ; point de vue que le donneur d’ordres (tant public que privé), de par sa position et son implication, ne pourrait jamais avoir.
«Le travail du scientifique vise d’abord à accroître la connaissance», résume Bruno Milly, maître de conférence au Modis, spécialisé en sociologie des organisations. «Et cela demande du temps car observer un changement à l’œuvre implique de prendre du recul,
de multiplier et croiser les observations. Dans un certain nombre de cas, le donneur d’ordres est intéressé par la démarche, ne serait-ce que parce qu’elle accorde un sceau scientifiqueà son travail. Je citerai en exemple la Haute autorité de santé qui propose chaque année
de nouveaux programmes de recherche aux sciences sociales (sur la mise en place de
l’accréditation dans les établissements de santé, par exemple).
Outre le fait que le chercheur a, de par son statut, une légitimité auprès du personnel qui va être interrogé, il contribue à la bonne image du donneur d’ordres, quand bien même
ce dernier n’est généralement pas épargné
dans nos conclusions. Confier le même genre de travail à un cabinet d’audit déboucherait certainement plus sur des propositions d’outils pratiques. On y trouverait aussi plus de complaisance vis à vis de
la commande. Or, j’aime cette image de Norbert Elias qui dit que le sociologue est celui qui démystifie ».
Nathalie Brichler
*Basé à l’institut des Sciences de l’Homme,
14 av. Berthelot, Lyon 7e.
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Le regard décalé du sociologue donne à mieux comprendre ce qui se joue dans la relation de travail entre les hommes / Renault trucks Vénissieux |
Repères chiffrés
Etat, collectivités territoriales, chambres consulaires,… encouragent de plus en plus
la recherche technologique. Ici, réunion d’information à la CCI de l’Ain sur les pôles de compétitivité
Nettement moins spectaculaires et lucratives que les nanotechnologies, la génétique ou
les télécommunications, les sciences sociales font figure de parent pauvre dans le budget tant national que régional de la recherche. Certes, leurs coûts sont, sans commune mesure, moindres (constitué pour l’essentiel de frais de déplacement, hors salaires et frais de fonctionnement du laboratoire).
Mais ce large delta entre les fonds
nécessaires pour une étude sur les nanotechnologies (une puce de 100 000 € pèse autant que trois années de budget de
fonctionnement d’un laboratoire de
30 personnes en sciences sociales) et un programme de recherche en sociologie ne doit pas faire oublier que les priorités vont à la technologie.
Ainsi, sur les 4,671 milliards d’euros finalisés en 2001 en France par les seules institutions publiques de recherche, 74 millions d’euros sont allés aux axes société et culture (contre 1,281 milliard à l’énergie, 1,04 milliard à
l’aérospatial). Et Rhône-Alpes n’a mobilisé que 1,8 % de ces 74 M€.
En 2003, les dépenses de Recherche et Développement publiques (les deux tiers des investissements) et privées (le dernier tiers) ont représenté 33,287 milliards d’euros.
Avec près de 4 milliards d’euros, Rhône-Alpes a, sur cet exercice, mobilisé 11,5 %
de l’enveloppe globale.
Source DRRT
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