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Habituellement, on choisit sa formation simplement parce qu’elle peut nous conduire à un métier. Si possible, à un métier d’avenir avec une garantie de trouver un emploi, voire de le conserver dans le temps. Mais force est de constater que, sous le double effet des évolutions technologiques et de la mondialisation, l’équation qui guide de la formation à l’emploi en passant par ledit métier n’est plus si simple à résoudre. Comment poser alors les bonnes questions et faire les bons choix d’orientation dans un monde si changeant et face à des métiers en mutation permanente ?
Se rendre indispensable A l’avant-garde des problèmes d’externalisation que rencontrent les entreprises et en particulier les PME, Alain Cappeau apporte son point de vue d’expert. Il est urgent selon lui de requalifier la notion de métier. « De nos jours, un nouvel entrant dans un métier est, de fait, déjà dans la mondialisation. Il est en concurrence avec tous ses confrères sur la planète. Un autre Européen pourra le remplacer et rendre plus compétitif le produit que son entreprise met sur le marché. Dans le même temps, un produit plus compétitif viendra de Chine ou du Mexique. C’est pourquoi il ne faut plus être simplement plus compétent ou meilleur que les autres, il faut aussi et surtout être indispensable dans sa discipline. »
Pour cet expert la discipline englobe un domaine bien plus large que celui du métier. Il faut prendre de la hauteur par rapport à son métier, le considérer dans un ensemble qui prend en compte le besoin de l’entreprise et du client final. Cela doit se faire à tous les niveaux de hiérarchie. Il faut, selon lui, raisonner désormais en termes de solution pour le client, ou l’entreprise, afin d’être capable de repenser et faire évoluer son métier. Voire, être prêt à le faire migrer quand on ne peut plus être compétitif. « Pour cela il faut posséder le savoir, mais aussi le sens du questionnement et ne pas craindre l’incertitude, développer son adaptabilité en portant un regard plus large dans l’espace et dans le temps sur ce qui concurrence notre savoir-faire. »
Jacques Poberay
Chef d’entreprise et enseignant en écoles de commerce, Alain Cappeau est titulaire d’un troisième cycle universitaire. Il est l’auteur de deux ouvrages à la fois théoriques et pratiques, « La nouvelle externalisation » paru en 2006 et « Les savoir-faire technologiques » en 2000 aux éditions Huguet. Il est conseiller au sein de la diplomatie ivoirienne pour son expertise dans les domaines économiques et de l’entreprise.
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« Le devenir d’un métier est simple : soit il disparaît, soit il va se transformer ou se délocaliser. On dit qu’il va « muta-migrer », indique Alain Cappeau.
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Il faut être productif mais surtout compétitif
Il ne faut pas se tromper sur les notions de compétitivité et de productivité insiste Alain Cappeau « Dans un pays comme la France on a un réel problème de compétitivité. On n’est qu’au vingtseptième rang des pays industrialisés. En revanche on a une excellente productivité. Cela fait vingt ans qu’on gagne chaque année en productivité. L’inconvénient c’est que de nos jours, pour gagner encore un point de productivité, il nous faut dépenser des millions d’euros. » Dans le même temps, dans d’autres pays, comme certains pays émergents, les gens travaillent plus et peuvent, quant à eux, espérer faire des gains de productivité énormes dans l’avenir grâce aux inévitables transferts de technologie et de savoir-faire. Du coup, la formation initiale est nécessaire mais pas suffisante « Elle n’est rien en rapport à la capacité à anticiper, à entreprendre et à concrétiser que chacun peut développer tout au long de sa vie. » De son côté « l’Etat doit accentuer les efforts pour revaloriser les métiers peu attractifs », ajoute-t-il « et réorienter les jeunes en amont du bac pour éviter à beaucoup trop d’entre eux la fac par défaut. 300 000 postes en France ne trouvent pas preneur (maçons qualifiés, infirmiers, ouvriers qualifiés TP, cuisiniers, chauffeurs routiers, chaudronniers,…). L’université doit enseigner beaucoup plus transversalement les disciplines et beaucoup plus les notions de comportement « intrapreneurial »… » Et de conclure : « aujourd’hui, dans notre civilisation de l’instantané, ou compétitivité, productivité et rentabilité sont les maîtres mots, on parlera plus de disciplines que de métiers ou d’aptitudes à faire, ce qui sous-tend aussi une notion de résultat. »
J.P..
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